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Plafond de l'amphithéâtre Bruno de Solages : Dominique enfant

 

 

La maison Seilhan, berceau de l'Ordre des Prêcheurs

Étienne de Salagnac rapporte que Pierre Seilhan, alors prieur de Limoges, avait coutume de dire : " Ce n'est pas l'Ordre qui m'a reçu, mais moi qui l'ai reçu dans ma maison ". En effet, Dominique et les tout premiers frères s'installent dans cette maison au printemps 1215 et le 25 avril, Pierre s'étant lié à Dominique par la profession, c'est celui-ci qui en reçoit la propriété lors du partage de l'héritage familial des Seilhan.

Depuis, les frères ne l'ont jamais quittée jusqu'en 1771, même s'ils avaient bien failli le faire en 1278 : éprouvant de graves difficultés financières du fait de la construction du grand couvent des Jacobins, ils avaient décidé de la vendre. Mais ils réalisèrent une excellente opération : le Sénéchal du Roi l'acheta le 3 décembre 1278 pour le prix de 200 livres tournois et la leur laissa. L'Inquisition y avait son siège depuis 1233 et dès la fin du XIIIe siècle, la salle d'audience est établie en arrière de la maison ; elle restera en fonction jusqu'en 1648. Le portail de pierre, édifié en 1551 par Michel Colin, y donnera accès par le couloir toujours existant.

A partir de 1589, le frère inquisiteur ne réside plus dans la maison Seilhan, il loge au couvent des Jacobins. La réforme de Sébastien Michaelis instaure une vie nouvelle dans cette maison. Sous l'impulsion de Vincent Boissède, provincial de Toulouse, un petit prieuré s'y installe dans des bâtiments rénovés en 1648-1651. On conserve l'ancienne maison en bordure de la rue à laquelle est attaché le souvenir de saint Dominique. Sur l'emplacement de la salle d'audience de l'Inquisition est alors édifiée une grande chapelle dont le frère Balthasar-Thomas Moncornet décore le plafond, en représentant des scènes de la vie de saint Dominique ; en même temps il réalise 4 tableaux muraux, conservés longtemps par le Musée des Augustins, mais aujourd'hui perdus.

Sous la pression de Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse et président de la Commission des réguliers, en même temps que soucieux de ne pas conserver un lieu auquel était attaché le souvenir gênant de l'Inquisition, les frères décidèrent au chapitre provincial de 1771 de supprimer ce Vicariat de la maison de l'Inquisition et de mettre en vente les bâtiments.

Les frères Combes les achetèrent, le 9 novembre 1775, et installèrent leur négoce d'épicerie au rez-de-chaussée avec les devantures en demi-cintre toujours visibles.

A la fin de l'Ancien Régime, un projet d'urbanisation du quartier de la porte Saint-Michel prévoyait la destruction du moulon dont font partie ces bâtiments. Afin d'en conserver le souvenir, l'Académie des Sciences de Toulouse fit exécuter par l'architecte Cammas un dessin du portail de l'Inquisition. La Révolution de 1789 ne permet pas la réalisation de ce projet d'urbanisation.

En 1791, les communautés religieuses étant supprimées, les soeurs du Bon Pasteur, expulsées de leur couvent de Saint-Cyprien, se regroupent avec Jeanne-Marie Desclaux, leur supérieure, dans la maison Combes. Elles seront arrêtées avec leur aumônier, l'abbé de Lespinasse-Champeaux, le 10 septembre 1794, et incarcérées dans la prison établie dans l'ancien monastère de Sainte Catherine de Sienne. Après la tourmente, les survivantes se regroupent à nouveau dans la maison devenue, en 1804, la propriété de l'abbé de Chièze, ancien Vicaire général de Carcassonne, et tentent d'organiser un ouvroir pour les jeunes filles. Devant l'échec de l'entreprise, sur les conseils et l'aide de l'abbé Maurice Garrigou, soeur Jeanne-Marie Desclaux fondera la congrégation des soeurs de Notre-Dame de la Compassion (1817).

En 1821, une communauté de cisterciens catalans trouve refuge dans l'ancien couvent et le peintre Joseph Roques restaure le plafond peint de la chapelle qui est réconciliée le 19 janvier 1822 et placée sous le vocable du Saint-Sauveur. Les cisterciens. peu de temps après, cèdent la place aux Pères de la Mission fondés par l'abbé de Chièze. qui utilisent le couvent jusqu'à la révolution de 1830. M. Duportaux à qui l'abbé de Chièze, son oncle, avait légué la maison, la cède alors aux Pères Jésuites qui y vécurent jusqu'en 1860. Mère Marie de Jésus, fondatrice de la Société de Marie-Réparatrice, vint y voir en décembre 1859 le Père Studer, Provincial, qui lui dit le désir des Jésuites de se défaire de cette maison et la lui propose. Le 24 septembre 1860, la fondation était canoniquement autorisée et la communauté de Marie-Réparatrice y demeura jusqu'aux expulsions du début du XXe siècle : entretemps, en mai 1860, a été posé un faux plafond cachant les peintures de Moncornet. Après que se soit organisé, en 1905, le pensionnat Sainte-Elizabeth, pour l'éducation des enfants et des jeunes filles, les bâtiments furent vendus aux enchères le 23 juillet 1908 et achetés par une personne qui les céda au diocèse de Toulouse ; ils devinrent le siège de l'archevêché.

En 1933, les soeurs Réparatrices rachetèrent ces bâtiments et s'y installèrent à nouveau. En 1969, elles autorisèrent la Province Dominicaine de Toulouse à restaurer, sous la conduite d'une soeur de Crépieux, l'Oratoire traditionnel de la " chambre de saint Dominique " qui avait été désaffecté pour devenir un parloir, puis une pièce d'un appartement locatif. Enfin, en 1988, se repliant dans l'un des bâtiments de cet ensemble immobilier important, les soeurs mirent en vente les autres. L'Institut Catholique de Toulouse en a acquis une partie importante, dont la Chapelle rebaptisée " Amphithéâtre Bruno de Solages ", et il a remis au jour les 15 panneaux du plafond, peints par Montcornet.

Grâce au concours de nombreux donateurs de toutes les branches de la Famille dominicaine, l'Ordre des Prêcheurs a pu, par le biais de l'Association Toulousaine de saint-Dominique, racheter le bâtiment le plus ancien, accolé au mur d'enceinte gallo-romain. Malgré les transformations successives et à travers les aléas de son histoire, ce bâtiment reste authentiquement le lieu de naissance de cet Ordre.

Quant à la maison de Pierre Seilhan, qui était en très piteux état, le Couvent de Toulouse a pu avancer les sommes nécessaires aux travaux de restauration. Par le portail du 7 place du Parlement, on accède à l'amphithéâtre et aux six pièces que l'on pourra visiter : au rez-de-chaussée, deux salles d'accueil ; au premier étage, une salle où ont  été installés les six médaillons de Moncornet ramenés de Prouilhe, une deuxième salle où ont été rassemblés les meubles de la chambre du Père Lacordaire à Sorèze, et enfin, côté cour, la pièce appelée traditionnellement " salle du Chapitre " qui sert de sas de recueillement avant d'entrer dans l'oratoire lui-même, tel qu'il avait été restauré il y a quelques années.

 

 

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